Jacqueline Bouchet,
Une femme d'engagements
Interview complète réalisée par Didier Darrigrand
Alors qu’elle fête ce début d’été son 84ème anniversaire, Jacqueline Bouchet a bien voulu revenir sur ses 65 années de vie melloise. Elle y est passée de femme d’ingénieur à femme engagée, politiquement et socialement. Jacqueline Bouchet n’avait rien du pot de fleur, que certains attendaient pourtant d’elle. Convaincue sans être entêtée, satisfaite sans être fière, elle égraine ses engagements, de l’APE de ses enfants à la mairie de Paizay-le-Tort, en passant par la Croix Rouge. Le tout avec malice et franc-parler…
Comment êtes-vous arrivée à Melle ?
« Je suis née à Angers et je suis arrivée à Melle par mon mariage. Mon mari, rencontré chez mes grands-parents, a trouvé un emploi d’ingénieur au bureau d’études de l’usine de Melle. Nous nous sommes installés ici en 1960. J’ai très vite adoré Melle. Venant d’une ville plus importante, j’ai aimé la vie à la campagne. Je me souviens de la place Bujault qui me plaisait beaucoup. Nous avons quitté Melle pour la région parisienne. L’usine de Melle était vacillante. J’ai pris cette période comme une punition, mes enfants aussi. Nous avons acheté une maison à Paizay-le-Tort où nous venions à chaque vacances scolaires, pour conserver des liens. »
Vous vous êtes peu à peu engagée dans le vie locale ?
« Oui, grâce aux enfants. Je n’ai pas eu de vie professionnelle. J’aurais aimé travailler dans l’enseignement, mais mon mari estimait que son salaire suffisait pour faire vivre sa famille. C’est aussi l’époque qui voulait ça. Il était parfois absent longtemps parce qu’il partait à l’étranger. Dès que ma fille est allée à l’école, je me suis investie dans l’association des parents d’élèves. J’ai agi pour la gratuité des livres scolaires, mais le maire n’en a pas voulu. J’ai fini par proposer aux familles de donner leurs livres pour avoir un début de stock qu’on pourrait distribuer gratuitement, et que la commune prenne ensuite le relais. Ça a fonctionné. »
L’engagement politique était la suite logique ?
« Quand nous vivions à Paizay-le-Tort, nous avons eu envie d’y être actifs. Le maire, Emile Mesmain, m’a demandé d’entrer dans son conseil municipal. J’ai dit oui facilement. Quand il a annoncé qu’il arrêtait, je me suis proposée. Ça n’a pas été facile. A cette époque, les femmes n’étaient pas les bienvenues dans les conseils. On les considérait comme des pots de fleurs, je n’en étais pas un. »
Avant de quitter vos fonctions, vous avez souhaité initié une commune nouvelle ?
« En 2018, en accord avec l’ensemble de mon conseil municipal, j’ai écrit à tous les maires du canton en disant que l’avenir financier n’était pas assuré et qu’il fallait se regrouper, autour de Melle. La proposition avait déjà été faite par d’autres, mais ça n’avait pas abouti. Cette fois, une réunion a eu lieu. Finalement, cinq communes ont souhaité se regrouper autour de Melle. J’étais contente que ça aboutisse, même si certaines communes qui ont choisi une autre solution, ont montré depuis qu’elles n’ont pas de difficultés budgétaires. »
Vous n’avez pas craint que Paizay-le-Tort soit engloutie par Melle ?
« Non, car j’avais confiance en Yves Debien, et je n’ai pas eu de doute que les petites communes ne soient pas oubliées. C’est le cas encore aujourd’hui avec Sylvain Griffault. Même si tous les travaux prévus n’ont pas encore été faits. Avec le recul, je trouve que la commune nouvelle était une bonne idée. Je suis très fière du maire délégué de Paizay-le-Tort, je le sais très impliqué. Lui et les deux conseillères municipales défendent Paizay-le-Tort. »
Que retenez-vous de votre engagement d’élue ?
« Quand j’ai accepté d’être candidate au poste de maire, je ne me rendais pas compte de ce que ça impliquait. Les personnes venaient chez moi chercher des documents. On venait parfois de bonne heure, voire même la nuit, pour des vaches sur la route ou des bruits de voisinage. Il y avait aussi énormément de réunions. A la création de la commune nouvelle, j’ai été pendant un an première adjointe de Yves Debien. J’ai adoré travailler avec lui. Il avait une bonne vision des choses. Aux élections suivantes, je ne me suis pas représentée. »
Il y a eu ensuite la Croix Rouge ?
« Je m’y suis engagée comme présidente pour remplacer Simone Donnefort qui voulait prendre des responsabilités à Niort. Mon rôle était de diriger les bénévoles, qu’ils comprennent ce qu’est l’esprit de la Croix Rouge. Les bénévoles sont engagés, c’est tout à leur honneur, mais ils n’en font parfois qu’à leur tête. Ce que j’aimais dans la Croix Rouge, c’est que c’était une organisation internationale, même si je ne suis pas toujours d’accord par les décision prises à Paris. Je ne me suis pas représentée mais j’y suis toujours bénévole. Je serai moins présente. Il faut laisser la place aux plus jeunes. »
La Melle d’aujourd’hui ressemble à celle que vous avez découverte en 1960 ?
« Il y a beaucoup de choses qui ont changé, en bien et en moins bien. Avec le temps qui passe, on change de maire et donc d’âges. Les plus jeunes n’ont pas les mêmes idées que les anciens. Chacun veut laisser sa marque, c’est normal. J’ai sans doute laissé ma trace à Paizay-le-Tort, mais peu à peu, tous ceux qui m’ont connue vont disparaitre. »
Quels coins de Melle et de Paizay-le-Tort vous appréciez ?
« Je suis attachée au Chemin de la découverte créé par Jean Bellot. Je m’y promène souvent. On pourrait y prévoir plus de bancs pour se reposer. A Paizay-le-Tort, on a beaucoup de chance d’avoir un terrain de foot, un terrain de tennis, un préau et une petite salle qui rend service. J’aime aussi beaucoup la salle des fêtes. Je suis contente de ce que j’y ai fait. Je pense avoir fait ce que j’ai pu, avec les moyens que j’avais. Je pense être allée au bout de mes idées, en tenant compte du contexte. Avec une ouverture d’esprit, on ne peut pas se cantonner à ce qu’on croit être bien. »