Magalie Kergosien, faire tourner la terre
Interview complète réalisée par Didier Darrigrand
Le sourire très facile et l’envie de partager, Magalie Kergosien a le sens de l’accueil. Ceux qui l’ont connue libraire le savent déjà. Si céramiste est un métier solitaire, la porte de l’atelier de Magalie est rarement fermée. On trouve ici des créations colorées, utilitaires ou de décoration. On y trouve aussi des créations plus personnelles et originales. Cette native de la Sarthe, passée par La Rochelle, Pau et Toulouse, est melloise depuis2003. Arrivée un peu par hasard, elle y est restée.
« Après la licence de psychologie, j’ai travaillé en saisons et voyagé. Quand j’ai ressenti le besoin de me poser et de faire quelque chose de ma vie, j’ai passé un bilan de compétence, c’est ce qui m’a orienté vers la librairie. J’ai travaillé pour une grande enseigne de magasins culturels à La Rochelle, puis Toulouse et dans la Vienne. Je travaillais près de Poitiers et mon mari à Niort, nous avons cherché une maison entre les deux villes, ça a été La Mothe Saint-Héray. Je ne connaissais absolument pas le Mellois. »
L’ouverture du Matoulu correspondait à une nouvelle étape ?
« Mes conditions de travail ont changé et j’ai perdu mon indépendance, j’ai donc décidé d’ouvrir ma propre librairie. J’ai prospecté sur le territoire, notamment à Saint-Maixent-l'Ecole et Melle. Melle m’a paru plus culturelle et dynamique. La présence d’un cinéma Art et essai m’a attirée. Restait à trouver un local. J’ai ouvert le Matoulu en 2006 après neuf mois de préparation. Je l’ai revendu en 2019. »
Comment avez-vous découvert la céramique ?
« Après avoir vendu le Matoulu, j’ai travaillé comme bibliothécaire à La Mothe Saint Héray où j’accueillais aussi des animations. Il y a eu un stage d’initiation à la céramique. On m’a mis un tas de terre devant les mains et le contact a été tout de suite très puissant. Ça a été une vraie révélation et j’ai compris qu’il ne fallait pas que je loupe cette occasion. Peu à peu, j’ai commencé à en faire chez moi. J’ai aussi rencontré Florence Toussaint, céramiste à Melle et qui a accepté de m’accompagner pendant presque un an. J’ai par la suite suivi des formations et rencontré d’autres céramistes. »
Vous avez fait d’une passion une activité professionnelle ?
« J’étais suffisamment passionnée pour ne pas avoir peur de me lancer. J’ai compris que l’apprentissage serait long. Il n’est pas terminé. Je fais beaucoup de recherches. Je remplis des cahiers de croquis. Je suis attirée par l’aspect plastique, avec l’envie de déformer la matière. J’aime les formes organiques. Dans l’expérimentation, il y a la notion d’imprévu. Le résultat ne correspond pas toujours à ce que j’ai imaginé, mais j’aime me laisser porter par ce qui arrive. Pour les arts de la table, qui se font avec le tour, il y a une technique à suivre, donc moins d’imprévu. »
Vous avez intégré le collectif Le Trésor ?
« J’étais à la recherche d’un local. La création du Collectif m’a offert la possibilité d’avoir un espace suffisamment grand. Ça m’a aussi permis de travailler au milieu d’autres artisans créatifs et artistes. Après toutes ces années dans la vente, j’avais beaucoup de mal à me retrouver seule. Ici il y a des rencontres et des travaux faits en commun. Les collaborations me permettent aussi d’aller vers l’aspect artistique de la céramique. »
Vous avez participé à une première exposition ?
« Nous avons réalisé, à quatre, une oeuvre collaborative que nous avons exposée dans l’église Saint-Savinien pendant trois jours au cours de l’été. Ça été pour moi un moment très important et précieux, une très grande satisfaction. Je suis passée par un travail d’écriture autour de l’éclosion. C’est un sujet qui me tient beaucoup à coeur. La collaboration avec trois autres membre du collectif s’est faite naturellement, autour de la naissance, de la mort et de la poésie des végétaux. Je suis très fière d’avoir participé à cette oeuvre. J’aime travailler par projets, surtout quand ils sont collectifs. C’est une démarche qui m’intéresse. J’espère pouvoir aller de plus en plus vers les arts plastiques »
La céramique, à la fois technique et créative ?
« Ce qui me plait c’est de travailler la terre, que ce soit pour les arts de la table ou des formes organiques. J’ai grandi dans un restaurant, les arts de la table ont donc pour moi une saveur particulière. J’aimerais aussi allier les deux techniques du tour et du modelage. J’aime aussi transmettre en animant des ateliers. Je travaille en musique et j’ai parfois besoin d’être seule et concentrée. A ce moment-là je ferme la porte de mon atelier. Il y a ensuite une phase d’échange et de partage. L’avis des autres me permet d’évoluer. Ce que je fais dois me plaire. Je n’hésite pas à casser ou à mettre des pièces de côté, en attente. »
Quel est votre coin préféré de Melle ?
« Je suis proche de la nature. Je marche souvent sur le chemin de la découverte. J’aime particulièrement le lavoir de Villiers. A certaines heures, il est traversé par la lumière grâce à ses grandes ouvertures. Il y a aussi le bruit de l’eau et le chant des oiseaux. C’est apaisant. C’est la nature à deux pas de la ville. J’aime m’y assoir et penser aussi aux métiers d’autrefois. En changeant d’activité, je n’ai pas envisagé de quitter Melle. J’ai trouvé ici des gens très accueillants et je suis attachée à cette ville. »